Tous
ceux qui ont un jour démonté un moteur connaissent
cette pièce cruciale : le coussinet de palier lisse,
la spécialité de la Société d'application du métal
rouge (SAMR) depuis 1947. « C'est un marché de niche
», s'excuse presque Lionel Pellevoisin, repreneur de
la société en 2002, qui a reçu jeudi le trophée de
la performance économique et le trophée de l'année
décerné par la CGPME de l'Aube.
L'histoire de cette entreprise de 35 salariés, c'est
d'abord celle d'une transmission réussie. Quand
Christian Coste cède la société à Lionel Pellevoisin,
il lui transmet non seulement l'outil mais aussi le
savoir-faire. Un coussinet de palier lisse est une
pièce très technique composée de deux métaux non
miscibles : un acier classique et un métal
antifriction, du « métal rouge » ou du « métal blanc
» selon les besoins. Lionel Pellevoisin, ingénieur
de formation, ancien cadre de Petitjean, apporte de
son côté ses connaissances techniques et son
expérience internationale.
Il fixe trois objectifs stratégiques : la sécurité,
la qualité et la productivité. Tout investissement
doit répondre à l'un au moins de ses objectifs. En
2002, il a ainsi rassemblé toute l'entreprise sur un
seul site, rue Danton. Des investissements sont
réalisés, notamment dans des machines à commandes
numériques. Il se bat aussi, avec la Coface, pour
tenter de percer à l'export. Avec succès. La petite
entreprise exporte aujourd'hui dans une dizaine de
pays. Un tiers de son chiffre d'affaires (2,8
millions d'euros en progression de 20 % sur deux
ans) est réalisé à l'export.
Le métal rouge et le métal blanc sont toujours
fondus à Pont-Sainte-Marie. Ils sont fixés sur
l'intérieur des coussinets par centrifugation, voire
par dépôts électrolytiques quand il s'agit de n'en
déposer qu'une très fine épaisseur. Le centième
constitue l'unité de mesure à laquelle tous les
coussinets sont mesurés. L'efficacité des moteurs ou
des turbines en dépend. « On n'a pas le droit à
l'erreur », souligne Lionel Pellevoisin devant
l'atelier qui vérifie manuellement toutes les
pièces. « Le moindre défaut, ça peut être des
centaines de milliers d'euros de dommages pour nos
clients. Ça ne pardonne pas. Si jamais il y a un
défaut, ils perdent confiance et vous mettez des
années à vous en remettre. »
Pour toutes les grandes séries, Métal rouge a
abandonné depuis longtemps le marché à ses
concurrents allemands, autrichiens, japonais ou
turcs. « Mes concurrents, c'est 2 000 salariés »,
observe Lionel Pellevoisin qui vise les « miettes du
marché », c'est-à-dire toutes les pièces hors
normes. Ses clients, il les trouve chez tous les
utilisateurs de pompes, gros moteurs ou de grosses
turbines : la pétrochimie, le ferroviaire, le naval
et l'industrie lourde. Rolls-Royce, pour ses moteurs
industriels, vient d'ailleurs de référencer Métal
rouge parmi ses fournisseurs.
Aujourd'hui, non plus dans la fabrication mais dans
le conseil, l'entreprise cherche à devenir « le
spécialiste de l'organe qu'est le palier
hydrodynamique ». Des instruments de mesures ont été
acquis. L'expertise est très demandée par des
industriels qui n'ont souvent plus la connaissance
intime de leurs machines. « On essaie de se faire
reconnaître », explique Lionel Pellevoisin qui est
intarissable sur l'avantage du palier lisse par
rapport au roulement à billes, son grand concurrent.
« Les ingénieurs ne connaissent pas bien »,
regrette-t-il. Métal rouge comptera peut-être
bientôt deux entités, une pour la production et une
pour le conseil. « C'est une piste de développement.
On est en train de se roder à un nouveau métier ».
Six lauréats hors
des sentiers battus
En récompensant « Métal rouge », « Millbäker
», « Famille-service.dom », « CFP environnement » et
« Champagne Lassaigne », l'édition 2008 des Trophées
de la PME performante a récompensé des entreprises
qui ont toutes misé sur l'innovation. Jusqu'à
défricher de nouveaux marchés
Pour
leur septième édition, les Trophées de la PME
performante ont d'abord honoré un homme : Jean-Luc
Lautrette, secrétaire général de la CGPME, disparu
subitement le 28 septembre dernier. « Une figure de
la CGPME, un homme courageux, franc et toujours prêt
à rendre service », rappelle avec émotion Patrice
Liénart, le président. Le Trophée de l'année portera
désormais son nom. Pour marquer l'hommage, c'est la
fille de Jean-Luc Lautrette, Charlène, qui a remis
cette année ce trophée des Trophées.
La soirée a de nouveau rencontré un franc succès.
Plus de 250 chefs d'entreprises y ont participé. Au
cours d'un bref débat, les anciens ont témoigné du
coup de pouce que les Trophées leur ont apporté, que
ce soit en interne auprès des équipes, ou en externe
auprès des clients. Voici la liste des promus de
l'année :
Performance économique pour « Métal rouge »
: également élue entreprise de l'année
(lire en page I), la société a entamé une démarche
de limitation des déchets avec des experts de l'Ademe.
Les cartons, qu'elle jetait, ont ainsi été recyclés
en emballage des coussinets. Deux problèmes ont été
réglés d'un coup : l'emballage, qui n'était pas
satisfaisant jusque-là, et l'élimination des
cartons.
Performance technologique pour « CFP
environnement » : la société d'Arcis-sur-Aube
offre ses compétences pour toutes les entreprises
qui doivent trier leurs déchets, sans en avoir des
quantités suffisantes pour s'en occuper elle-même.
Soit ce que CFP appelle des « déchets diffus ». Elle
collecte 5 000 entreprises aujourd'hui et assure,
pour elles, le tri et la traçabilité de leurs
déchets. Elle emploie 18 salariés et compte deux
agences à côté de Thionville et de Valence. Son
gérant, Salvatore Galvani, est malheureusement
décédé durant la semaine. Son frère, Gino Galvani,
va reprendre la gérance de cette société.
Management des hommes pour « Famille
services. dom » : fondée en septembre 2005,
la société qui propose un service de garde d'enfants
à domicile a connu un succès foudroyant. Elle
emploie aujourd'hui 50 salariés dans les
départements, presque tous à temps plein. Une
spécificité que « Familles-service.dom » se bat pour
conserver. « Ce sont toutes des personnes qualifiées
parce que la garde d'enfants, c'est quelque chose de
délicat parce qu'on touche à l'intime », souligne
Marie-Amélie Mérand, la fondatrice. L'objectif de
l'entreprise est de couvrir tous les besoins de
garde qui ne le sont pas par les systèmes de garde
traditionnel. « Famille service.dom » travaille
ainsi de 4 heures du matin à minuit et le week-end.
Développement international pour « Champagne
Jacques Lassaigne » : lorsqu'il a repris,
il y a seize ans, l'entreprise familiale, Emmanuel
Lassaigne ne comptait que deux clients. « On s'est
attaché à faire de vins personnalisés, des vins du
terroir de Montgueux », explique-t-il. Un travail
sur la typicité et sur la qualité qui a payé.
Aujourd'hui, la petite société, deux salariés,
exporte dans seize pays. Surtout, elle compte de
superbes références : « Champagne Jacques Lassaigne
» compte 15 à 20 % des trois étoiles Michelin de par
le monde parmi ses clients…
Création d'entreprise pour « Millbäker » :
structure de recherche et développement, «
Millbäker » a été fondée il y a trois ans pour
exploiter les ressources en végétaux de la région.
Elle propose des farines et des ingrédients
innovants pour la boulangerie et la pâtisserie. Le
taux de croissance de la société a déjà atteint les
10 % par an. Les innovations ont séduit 200 meuniers
en France.